Mœurs (prononciation)

Faut-il ou non prononcer le « S » de mœurs ? La règle veut (généralement) que non. Mais l’usage évolue... C’est de cette hésitation de l’usage dont témoigne Le Petit Robert qui, prudemment, propose les deux prononciations.

Questions & débats (juillet 2000)

Nicolas Écarnot (10/07/2000). — Mon éminent et fort érudit beau-père me flagelle chaque fois qu’il m’entend prononcer le « S » du mot mœurs. Il est vrai qu’on l’entend partout prononcé de cette façon, mais que recommande le bon usage ?

DB (11/07/2000). — Mœurs rime avec sœurs. Mais il est vrai qu’on l’entend maintenant presque toujours avec un « s » sonore, ce que je trouve aussi déplacé que si je faisais entendre le « s » de corps.

Le noble AmphigouriX (11/07/2000). — Le bon usage de moi recommande « [mærs] » (transcription dans l’A.Ph.In. v. S.P. (?)-l.n.Am.). Le Petit Robert 1 sur CDROM, version 1.1, faux-cul, bouffe à tous les râteliers : « mœurs [mœR(s)] n. f. pl. » soit « [mær(s)] ».

DB (12/07/2000) — Votre usage, certes, mais certes pas le bon usage :

  • Littré : Se prononce meur ; plusieurs prononcent meurs’ en faisant sentir l’s, ce n’est pas une bonne prononciation.
  • Piéchaud : En principe, selon la coutume établie par l’ancienne cour, qui a fondé le bon usage, et en dépit de l’origine latine de ce mot (« mores »), l’s disparaît. Toutefois, l’accommodant Pierre Larousse avance que, si l’on doit prononcer [meur], d’autres disent [meurs]. [...] telle est l’ancienne règle : l’s ne siffle pas, à la fin d’un mot, quand il est séparé, par un un r, d’une voyelle. Vous ne dites pas : alorss ou des versss...
  • Girodet : Doit se prononcer [moer] et non [moers], sauf dans l’expression « la brigade des mœurs », abrégée familièrement en [moers] et dans l’expression « certificat de bonne vie et mœurs ».

Pour une fois, le bon usage est assez clair et unanime. Mais, car il y a un mais, ce bon usage est, comme le notent d’autres auteurs, vieilli. Et dès 1913, Martinon, dans Comment on prononce le français, parlant de la règle de prononciation muette du s séparé de la voyelle précédente par un r, écrit :

Il y a pourtant trois exceptions : le mot « mars » a repris son s depuis longtemps ; les mots « mœurs » et « ours » ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige.

Pour "ours", personne je crois ne le contestera. Pour "mœurs", le bon usage résiste plus qu’on aurait pu le penser.

Et voilà pourquoi le beau-père flagelle le beau-fils.

Compléments

Prononc. et Orth. : [moe( :)ʀ(s)]. Martinet-Walter 1973 [moe :ʀ] ; [moeʀs] (7/11). Les dict. ont, de Fér. 1768 à Besch. 1845, [moeʀs] ; dep. Littré, les deux formes, avec des modalités diverses. Littré préconise l’anc. prononc., [moe :ʀ] : ,,[moeʀs] n’est pas une bonne prononciation``. Nyrop Phonét. 1951, §254, 7 : [moe :ʀ] est ,,recherché``. DG, Barbeau-Rodhe 1930, Lar. Lang. fr. : [moe :ʀ] est ,,vieilli``. Pt Rob. ,,[moe :ʀ], souv. [moeʀs], fam.`` Lexis 1975 ,,[moeʀs] ou, plus souvent, [moe :ʀ]``. Fouché Prononc. 1959, p.478, Dupré 1972, pris ensemble, suggèrent la répartition suiv. : un homme de moeurs lâches [moe :ʀ] ; moeurs irréprochables [moeʀz] ou [moeʀs] ; affaire de moeurs [moeʀs].

  • Sur le site de TV5Monde : Merci professeur ! (Bernard Cerquiglini ?). Activer la vidéo "les mœurs du mois d’août" après être arrivé sur la page.

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